Le grand plan climat de la droite en mode « froid ventilé »
Cli-ma-ti-sa-tion : alpha et omega du plan climat ?
On nous avait promis une politique environnementale du réel, celle qui regarde la canicule dans les yeux et sauve la Nation. Elle est arrivée. Elle tient en cinq syllabes : cli-ma-ti-sa-tion. Dans sa version UDR/RN, l’écologie nouvelle génération ressemble à ceci : pas de réduction des émissions, pas de rénovation massive, pas de ville désimperméabilisée, pas de plan pour l’eau, les sols, les forêts, les transports ou l’agriculture. Non. Un bouton. Un bip. Un souffle frais. Et la civilisation repart.
Il fallait y penser : face à un pays qui s’avance vers +4 °C en fin de siècle, la réponse politique la plus ambitieuse serait donc d’installer des machines qui rejettent de la chaleur dehors pour produire du froid dedans. C’est la stratégie du pompier pyromane avec notice d’utilisation. On chauffe la rue pour rafraîchir la salle de classe, puis on s’étonne que la rue devienne invivable. À ce compte-là, on combattra les inondations avec des serpillières subventionnées, les sécheresses avec des brumisateurs patriotes, et la biodiversité avec une application reproduisant des chants d’oiseaux.
La climatisation n’est évidemment pas le diable. Dans les EHPAD, les hôpitaux, certains lieux accueillant des publics fragiles, des pièces rafraîchies peuvent sauver des vies. Mais faire de l’exception sanitaire un programme écologique, c’est confondre une trousse de secours avec une politique publique : un grand plan de santé fondé sur le Doliprane, sans prévention, sans hôpitaux, sans moyens, mais avec une conférence de presse très fraîche.
Le génie populiste de cette proposition tient à sa simplicité publicitaire : « vous avez chaud, on va mettre la clim ». Qui pourrait être contre le froid quand il fait chaud ? Personne. C’est le piège. On transforme une angoisse collective en solution individuelle, visible, immédiate, vendable. On évite les sujets qui fâchent : qui paie la clim et l’électricité ? Qui renforce les réseaux ? Qui rénove les bâtiments qui deviennent des fours en été ? Qui végétalise les cours d’école ? Qui protège les travailleurs exposés ? Qui réduit les émissions pour que l’adaptation ne devienne pas une course perdue d’avance ?
L’écologie comme SAV de la catastrophe
Dans cette vision, l’écologie devient le service après-vente de la catastrophe. On ne répare pas la chaudière planétaire : on installe un ventilateur devant l’incendie. On ne ralentit pas le train : on distribue des casques aux passagers. On ne se demande pas pourquoi la maison brûle : on promet une meilleure climatisation dans le salon.
Le plus drôle, si l’on tient absolument à rire dans une salle à 19 °C, est que cette politique se présente comme du « concret ». Concret, donc forcément intelligent. Concret comme climatiser des bâtiments mal isolés au lieu de les rénover. Concret, comme promettre du froid sans parler de l’énergie nécessaire pour le produire. Concret, comme vendre une rustine et appeler cela une roue.
Pendant ce temps, le climat ne fait pas campagne. Il n’applaudit pas : il additionne. Chaque dixième de degré supplémentaire rend l’adaptation plus coûteuse, plus brutale, plus inégalitaire. Les plus riches achèteront du froid, les plus pauvres hériteront du dehors. Les logements surchauffés deviendront des pièges, les villes des radiateurs. Et l’on découvrira qu’un climat à +4 °C ne se négocie pas avec une télécommande.
La vraie politique écologique n’est pas anti-technologie. Elle est anti-gadget quand le gadget prétend remplacer la stratégie. Elle combine atténuation et adaptation : moins d’émissions, des bâtiments rénovés, des îlots de fraîcheur, des arbres, de l’eau, des sols vivants, des protections pour les plus vulnérables, une organisation du travail adaptée, des infrastructures repensées, une énergie décarbonée.
Mais cela se vend moins bien qu’un compresseur. Cela oblige à gouverner, planifier, financer, hiérarchiser, dire que tout ne sera pas possible partout, tout le temps, pour tout le monde. Cela oblige surtout à reconnaître qu’on ne s’adapte pas indéfiniment à un monde que l’on continue de dérégler.
La climatisation partout comme horizon climatique, c’est donc moins une politique qu’un aveu : celui d’un imaginaire qui a renoncé à transformer le réel et se contente de refroidir les symptômes. Une écologie de vitrine, branchée sur secteur, garantie deux ans pièces et main-d’œuvre. Jusqu’à la prochaine canicule.