Le doux rêveur et l’insécurité alimentaire niçoise
Le 12 juin 2026, Nice-Matin consacrait un article à Jean-Marc Governatori (JMG), adjoint environnement du maire Éric Ciotti, intitulé « Comment Governatori veut végétaliser les balcons ».

Nous sommes inquiets parce que ce projet de ‘’culture balconnière’’ ressemble fort à une lubie. Et, précisément, la lubie est une compétence très développée chez cet ancien affairiste.
JMG a déjà lancé l’idée, au demeurant excellente, de développer le covoiturage sur la métropole Nice Côte d’Azur. Mais celle-ci semble être, à peu de choses près, l’Alpha et l’Omega de la nouvelle politique environnementale du maire Ciotti : en gros, la colonne vertébrale du nouveau PCAET (plan climat-air-énergie territorial). Les Niçois-es n’ont à ce propos aucun signe de vie de ce futur PCAET 2026-2032, sur lequel travaillaient les anciens associés du maire évincé Estrosi.
Où est donc passé le PAT niçois ?
Eh bien, la ‘’culture balconnière’’ de Governatori semble être au PAT (Plan Alimentaire Territorial) de la métropole NCA ce qu’est le covoiturage au PCAET : un objet communicationnel. Et passons sur la pauvreté conceptuelle de résumer l’agroalimentation à quelques pots sur des balcons, au-dessus de rues bruyantes et polluées. Comment cet expert en meubles en kit peut-il s’autoriser à penser qu’il est expert en agroalimentation, que très visiblement, il n’est pas ?
Des objets communicationnels ne font pas une stratégie. C’est ce que nous reprochions déjà à son prédécesseur Richard Chemla, qui maîtrisait plus les discours que les stratégies et concepts environnementaux. La situation pourrait ne pas s’arranger avec JMG. Les signaux reçus à ce jour nous indiquent que cette approche de l’agroalimentaire et de la résilience territoriale est tout sauf stratégique. Non pas parce que les thèmes évoqués sont sans intérêt, mais parce qu’ils juxtaposent des sujets très différents sans hiérarchisation, sans articulation et sans analyse des leviers réels de transformation.
Pour vous en convaincre, le même Governatori, drapé de son habituelle veste verte, a réuni un groupe très disparate de Niçois-es le 1er juin, baptisés pour la circonstance ‘’ambassadeurs du végétal’’. Et qu’y a-t-il présenté ? Quatre diapos tout aussi disparates.
Un gloubi-boulga pour mission
La première diapo, intitulée « La mission de notre équipe, faire tendre notre territoire vers l’autonomie alimentaire et énergétique », alignait des points comme « moins de consommation de viande », « S.E.L. (Système d’Echange Local) », « 0 plastique », « économie circulaire », etc. Un gloubi-boulga suffisamment vague pour ne s’engager sur rien. A l’évidence, un catalogue d’idées plutôt qu’une stratégie, qui exigerait :
- des objectifs. Par exemple : passer de 2 % à 10 % d’approvisionnement local, sécuriser 30 jours de réserves alimentaires, préserver 500 hectares agricoles (pour commencer), réduire de 20 % les pertes alimentaires, etc.
- des priorités. Tout ne pouvant être réalisé simultanément, cette stratégie s’appuierait sur des arbitrages. Par exemple : agrocarburants ou alimentation, urbanisation ou terres agricoles, photovoltaïque ou maraîchage ?
- des moyens : budget, calendrier, gouvernance, acteurs responsables, etc.
Or aucun de ces éléments n’apparaît dans le fourre-tout de l’homme en vert. Et contre tout.

Governatori se croit-il au gouvernement ?
La seconde, intitulée « Mettre en œuvre la politique de sécurité des activités d’importance vitale (SAIV) », document du SGDSN gouvernemental. OK, mais encore ? Cette fiche mélange des échelles sans cohérence, et ne définit qu’un cadre national de sécurité. Il manque juste l’échelle intermédiaire qui concerne précisément la métropole, le département, le bassin de production et ses filières agricoles, et les réseaux de distribution. Or JMG est censé justement se charger de cette échelle intermédiaire. Voilà qui commence bien mal…

Nice, ce si beau village…
La troisième, intitulée « Nice, communauté de villages (nos quartiers) », avec la liste de 20 quartiers, sans autres détails. Quelle puissance réflexive ! Cette fiche ne dit rien, et sûrement pas le début du commencement d’un diagnostic territorial et d’une stratégie qui pourrait se pencher sur les questions suivantes : combien de nourriture produit le territoire, quelle part est importée, quels sont les principaux flux, où sont les terres agricoles restantes, quels sont les risques fonciers, quelle est la consommation alimentaire des Niçois (et des millions de visiteurs), quels quartiers sont les plus vulnérables ? Ici, la liste des quartiers n’est reliée à aucun indicateur ni à aucune analyse. On ne sait même pas pourquoi elle a été présentée.

Pas de stratégie, mais un kit d’urgence !
Enfin, la quatrième, intitulée « Votre kit d’urgence 72 heures »… Ce document concerne la protection civile et la gestion de crise (catastrophes naturelles, ruptures d’approvisionnement, évacuations), pas l’agroalimentaire. Il y a ici une belle confusion entre préparation aux crises et politique agroalimentaire. Distribuer une fiche sur le kit d’urgence revient à déplacer le sujet de l’organisation collective vers la préparation individuelle des ménages. Alors qu’une métropole devrait urgemment mener une réflexion stratégique sur l’alimentation sur la métropole niçoise, autour des thèmes suivants : dépendance alimentaire du territoire, logistique des approvisionnements, sécurité alimentaire, capacités de stockage, production locale, vulnérabilité du port, des routes et des plateformes logistiques, etc.

Governatori passe donc, avec l’aisance d’un contorsionniste, du kit individuel aux quartiers niçois, puis aux infrastructures critiques nationales. Le document saute allègrement d’un niveau à l’autre. En somme, il manque tous les grands déterminants d’un système alimentaire. Nous sommes donc frappés par ce qui … manque dans ce fatras.
Il est incompréhensible de passer autant à côté d’une réflexion stratégique sur l’agroalimentaire métropolitain niçois, qui devrait traiter les questions de dépendance aux importations, du foncier agricole, de la raréfaction de l’eau, de la vulnérabilité climatique, des marchés d’intérêt national, des infrastructures portuaires, de la grande distribution, des agriculteurs en activité et du renouvellement des générations agricoles, du coût de l’alimentation, et de la souveraineté alimentaire. Or aucun de ces sujets structurants n’apparaît explicitement.
La logique sous-jacente qui transparaît est celle d’une sensibilisation plutôt que d’une transformation. Les documents donnent davantage l’impression d’une démarche d’animation territoriale ou d’éducation citoyenne que d’une politique agroalimentaire structurée. Une des phrases exposées est particulièrement révélatrice : « Impliquer le maximum de personnes et co-bâtir la culture de la coopération. » Il s’agit donc d’un objectif de mobilisation citoyenne. Or une stratégie publique ne peut pas se limiter à sensibiliser, informer ou faire participer. Elle doit aussi décider, financer, prioriser, et mesurer les résultats (indicateurs et tableau de bord).
En synthèse : des effluves d’amateurisme…
Il nous paraît très étonnant, voire risqué, qu’Éric Ciotti, à la tête de la 5ème ville française et de sa métropole, ait choisi un ‘’lubbyiste’’ dépourvu de vision et de compétences dans ce domaine éminemment technique de l’agroalimentation sur un territoire complexe et vulnérable. Pour début de preuves, la faiblesse stratégique de l’approche governatorienne, pour ce que nous en voyons aujourd’hui, tient principalement à quatre points majeurs, et quasi-rédhibitoires :
- Absence de diagnostic du système alimentaire niçois,
- Absence d’objectifs chiffrés et de priorités,
- Juxtaposition de thèmes hétérogènes (sécurité civile, énergie, compost, mobilité, quartiers, infrastructures vitales),
- Focalisation sur la sensibilisation et les comportements individuels plutôt que sur les structures économiques, agricoles et logistiques qui déterminent réellement la résilience alimentaire du territoire.
Attention ! L’actualité internationale nous montre que l’amateurisme consistant à jouer au communicant et à amuser la galerie alors que notre territoire souffre d’une autosuffisance agroalimentaire dramatiquement basse (peu ou prou 1%), peut s’avérer particulièrement dangereux pour la population locale. Nous appelons le maire de Nice et le préfet des Alpes-Maritimes au sursaut !