Où en est-on à l’approche du 10ème anniversaire de l’attentat de la Prom’Party du 14 juillet ?
Emmanuel Macron sera présent à Nice
Mardi 14 juillet 2026 marquera le 10ème anniversaire de l’attentat monstrueux de la Prom’Party du 14 juillet 2016 à Nice. A cette douloureuse occasion doit être organisée une commémoration officielle sur les lieux de l’attentat.
Y seront présents, entre autres, Emmanuel Macron, président de la République (qui a annoncé, le 21 avril 2026, sa venue à Nice), Laurent Nuñez, ministre de l’Intérieur (et probablement d’autres ministres), Laurent Hottiaux, préfet des Alpes-Maritimes, Éric Ciotti, maire de Nice, les élus locaux (députés, sénateurs, etc.), des représentants de pays étrangers (ambassadeurs), des représentants des services de sécurité, des victimes, familles et associations de victimes, ainsi que de nombreux médias.
Mais, outre la peine infinie des victimes et de leurs familles, une lourde question planera sur cette cérémonie : celle des responsabilités. Celles, en premier lieu, du terroriste Mohamed Lahouaiej-Bouhlel, tué le soir même de l’attentat, et de ses complices Mohamed Ghraieb et Chokri Chafroud, jugés en 2022 puis en appel en 2024.
Mais à présent, se posent également celles des responsables publics en charge de la sécurité ce soir du 14 juillet 2016. Citons, en particulier, Philippe Pradal, maire de Nice à l’époque, Christian Estrosi, son premier adjoint en charge de la sécurité, Adolphe Colrat, préfet des Alpes-Maritimes en 2016, et son directeur de cabinet François-Xavier Lauch.
Sur les responsabilités de sécurité, il n’y a pas eu de grand procès public comparable au procès antiterroriste
Quelques rappels de faits. Faisant suite à deux plaintes avec constitution de parties civiles portant sur d’éventuelles failles dans le dispositif de sécurité, une information judiciaire avait été ouverte le 19 mars 2017, au sujet des conditions d’organisation de l’événement.
Les questions sensibles portent surtout sur l’absence ou l’insuffisance de forces mobiles ce soir-là, le positionnement réel de la police nationale et municipale (après avoir été très sollicitée lors de l’Euro de football), le barrage de Gambetta jugé insuffisant par des victimes, l’accès possible d’un camion de 19 tonnes à la Promenade, les 11 repérages antérieurs du terroriste repérés par la vidéosurveillance, mais laissés sans réaction, la suppression ou la disparition de minutes clés de vidéosurveillance (dans la ville la plus vidéosurveillée de France), ou encore le partage des responsabilités entre mairie, préfecture et ministère de l’Intérieur.
Certains avocats et associations de victimes ont évoqué des « failles béantes de sécurité », a priori connues du terroriste, ou une « inexcusable légèreté » (Nice-Matin, 7 juin 2024) dans la préparation de l’évènement.
En octobre 2023, les faits ont été requalifiés par les juges d’instruction, l’enquête portant désormais sur des homicides involontaires et blessures involontaires concernant les conditions d’organisation de la « Prom’Party 2016 », alors qu’elle visait auparavant seulement le chef de « mise en danger de la vie d’autrui ». Cette requalification a ouvert la voie à de possibles mises en examen.
L’enquête a ensuite été dépaysée à Marseille le 1er février 2024, vers un pôle spécialisé disposant de davantage de moyens d’investigation.
En 2025 a eu lieu un rebondissement avec la découverte d’une clé USB appartenant à Benoît Kandel, ancien premier adjoint de Christian Estrosi, lors d’une autre enquête par une juge d’instruction niçoise. Cette clé contenait l’enregistrement d’une conversation lors d’un déjeuner, le 4 décembre 2018. Le parquet de Marseille a alors demandé aux magistrats instructeurs d’élargir leurs investigations à de possibles faux et usages de faux, pouvant impliquer des personnes dépositaires de l’autorité publique, relevant d' »indices graves et concordants ».
Pour l’heure, Philippe Pradal, Christian Estrosi ainsi que d’autres responsables, ont été entendus et placés sous le statut de témoins assistés. Ils ne sont donc pas mis en examen à ce stade. Les responsabilités potentielles de la Ville de Nice, de l’État et de la préfecture sont étudiées par le juge d’instruction à Marseille. L’instruction est donc toujours en cours, et il semble qu’elle ait même connu une certaine accélération ces derniers mois.
Le 21 janvier 2026, la cour d’appel d’Aix-en-Provence a statué favorablement sur la requête des parties civiles : de nouvelles auditions seraient ainsi prévues afin d’établir d’éventuelles responsabilités politiques. À l’issue de l’ensemble des auditions et de l’examen des éléments versés au dossier, les magistrats pourront décider d’un renvoi en procès ou d’un non-lieu.
Dix ans. Dix ans d’attente pour comprendre enfin ce qui s’est passé sur la Promenade des Anglais ce soir funeste du 14 juillet 2016. Cette lenteur de la Justice peut paraître insupportable pour de nombreuses personnes. Mais elle peut aussi s’expliquer par la complexité des dossiers antiterroristes, l’absence de l’auteur principal, le nombre exceptionnel de victimes (représentées par plus de 2300 parties civiles), ainsi que des questions juridiques difficiles. Mais il est temps maintenant que la Justice déclenche ce second procès tant attendu.
En résumé
Près de dix ans après les faits, le volet « sécurité » est toujours en instruction, désormais à Marseille, avec une procédure qui s’est considérablement alourdie depuis fin 2023 : requalification des chefs d’inculpation potentiels, éléments nouveaux sur de possibles faux en écriture, et nouvelles auditions ordonnées en janvier 2026.
Les victimes, leurs familles, les citoyens, ont droit à la vérité. Et rappelons que les responsabilités ont vocation à être assumées. La Justice doit passer.