L’égalitarisme n’est pas l’ennemi : réponse à David Lisnard
Le 16 mai 2026, le candidat David Lisnard (à l’élection présidentielle) a déclaré : « Un des plus gros problèmes de notre pays, c’est l’égalitarisme. Il provoque pauvreté et décadence. Cela n’est plus acceptable, ça suffit. Le projet de Nouvelle Energie mettra fin à l’échec socialiste. »
Le candidat Lisnard part en sucette
Pourquoi ? Reprenons posément la définition de l’égalitarisme. L’égalitarisme est une doctrine ou une orientation philosophique, politique et sociale qui affirme que les êtres humains doivent être traités comme égaux en dignité, en droits et/ou en conditions d’existence. Selon les versions, l’égalitarisme peut viser plusieurs formes d’égalité :
- Égalité juridique : tous les individus doivent être soumis aux mêmes lois et bénéficier des mêmes droits fondamentaux.
- Égalité politique : chaque citoyen doit avoir une même valeur dans la décision collective, par exemple à travers le principe “une personne, une voix”.
- Égalité des chances : les individus doivent pouvoir accéder aux positions sociales, économiques ou éducatives sans discrimination liée à l’origine sociale, au sexe, à la religion, à l’ethnie, etc.
- Égalité économique ou sociale : les écarts de richesse, de pouvoir ou de statut doivent être réduits, voire supprimés, lorsqu’ils produisent domination, exclusion ou injustice.
En résumé, l’égalitarisme ne signifie pas toujours que tout le monde doit avoir exactement la même chose. Il indique plutôt l’idée que les inégalités doivent être justifiées, limitées ou corrigées lorsqu’elles portent atteinte à la justice, à la liberté réelle ou à la dignité des personnes. On l’oppose souvent à des doctrines qui acceptent les hiérarchies sociales comme naturelles, nécessaires ou souhaitables, comme certaines formes d’élitisme, d’aristocratisme ou de libéralisme méritocratique strict.
Lisnard nous vend encore le ruissellement
De tout cela, nous pouvons en déduire que David Lisnard, pourfendeur de l’égalitarisme, promeut en effet une forme d’« élitisme méritocratique », cœur des idéologies de la droite radicale, ou mieux, en ce qui concerne le maire de Cannes : le libertarisme (ou libertarianisme). Lorsqu’il évoque l’échec socialiste, a-t-il oublié que les gouvernements socialistes n’ont dirigé la France que sur de courtes périodes : 1936-1937 (Front Populaire), 1956-1957, 1981-1986, 1988-1993, 1997-2002 et 2012-2017, soit seulement 24 ans sur une période de 90 ans ? La situation actuelle et son « échec », que critique vertement Lisnard, serait donc plutôt le fruit blet des politiques de droite et centre-droit menées sur la plus longue période de notre époque récente. Lisnard se trompe donc de cible.
Son raisonnement repose sur une antienne éculée : celle du ruissellement des richesses dans notre société, selon lequel donner une totale marge de manœuvre aux plus riches profite aux plus modestes. Lisnard n’a donc pas ouvert les yeux, ou pas bien compris l’histoire moderne ? Le ruissellement est comme l’Arlésienne : on ne l’a jamais vu. Pour rappel, cette idée est un contre-sens, parce que l’histoire récente montre plutôt une captation vers le haut qu’un ruissellement vers le bas. Depuis les années 1980, beaucoup de pays occidentaux ont baissé les impôts sur les hauts revenus, libéralisé les marchés financiers, affaibli certaines protections salariales et facilité l’accumulation patrimoniale. L’idée était qu’en enrichissant les détenteurs de capital et les hauts revenus, l’investissement, l’emploi et les salaires suivraient. Or les données montrent surtout une hausse des inégalités : dans l’OCDE, le rapport entre les revenus des 10 % les plus riches et des 10 % les plus pauvres est passé d’environ 7 à 1 dans les années 1980 à près de 10 à 1 aujourd’hui (source OCDE). C’est donc tout le contraire de l’égalitarisme attaqué par Lisnard qui provoque la paupérisation de la population. CQFD.

Tweet de David Lisnard le 16 mai 2026, attaquant le prétendu »égalitarisme socialiste » en dépit de constats historiques évidents, et de la … devise républicaine : « Liberté, égalité, fraternité ».
Lisnard, le petit Milei français
Rappelons ici que ce populiste de droite a récemment joué au Milei français, en s’exhibant de manière aussi indécente que grotesque, près d’une déchiqueteuse (synonyme de la tronçonneuse argentine) broyant l’essentiel des protections sociales et environnementales de notre pays. Ces protections profitent pourtant à l’écrasante majorité de nos concitoyens.
Sous ses airs d’homme politique providentiel, à l’air souvent soucieux, sauveur de la nation française menacée de décadence, David Lisnard n’est qu’un populiste d’une droite radicale prônant l’accélération de la croissance du PIB (en dépit du dépassement de 7 limites planétaires sur 9), la déréglementation massive (backlash environnemental et sanitaire), le démantèlement du droit du travail, toutes avancées acquises au fil des décennies passées. Il est donc très proche de son collègue Bruno Retailleau, qui lui, s’attaque à l’Etat de droit.
Ces gens sont dangereux. Il est important d’en prendre conscience et de contrer leurs arguments ineptes.