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Quel environnement et quelle santé avec Eric Ciotti ?

Quel environnement et quelle santé avec Eric Ciotti ?

8 avril 2026 CC06
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Éric Ciotti, président du parti d’extrême droite ‘’Union des Droites pour la République’’ (UDR), a été officiellement élu maire de Nice le 27 mars 2026, lors du premier conseil municipal, entouré de 26 adjoints (incluant 6 adjoints de territoire).

Nous allons nous intéresser à deux d’entre eux, en charge de l’environnement et de la santé, deux domaines particulièrement importants si l’on considère qu’ils sont les piliers de la sécurité générale des Niçois (One Health), au-delà de la seule sécurité ‘’sécuritaire’’ (ou policière), si chère au nouveau maire et placée entre les mains d’une femme à poigne – l’ex-préfète Françoise Souliman, devenue 1ère adjointe d’Éric Ciotti.

L’environnement selon Éric Ciotti

Le vaste sujet de l’environnement a donc hérité du 8ème dossard, attribué à Jean-Marc Governatori, également devenu adjoint de territoire Rives du Paillon.

Qui est Jean-Marc Governatori ? Ce nouvel élu (dans une majorité), né à Nice en 1958, est un ancien chef d’entreprise diplômé de l’École supérieure de commerce de Nice / Sophia Antipolis. Après avoir développé un important réseau de magasins Fly dans le Sud-Est, qu’il dit avoir vendu en 2000, il s’est engagé en politique. Cofondateur de la Ligue nationale contre la drogue, auteur de plusieurs livres sur l’écologie et le bien-être, il est aussi sensible à la cause animale. Ancien membre de l’UDF, il a créé en 2004 La France d’en bas, puis rejoint l’Alliance écologiste indépendante, devenue ensuite Écologie au centre, mouvement dont il est aujourd’hui l’une des principales figures. Ce microparti a pour slogan : « L’écologie n’est ni de droite, ni de gauche mais au centre »…

L’homme à la veste verte a tenté de se présenter aux élections présidentielles de 2007 et 2012, mais sans succès, n’ayant obtenu que 12 parrainages en 2007 et 433 en 2012, alors que le seuil est de 500, ce qui l’incita à entreprendre une grève de la faim fin février 2012 pour dénoncer l’obstacle des parrainages. A l’issue des municipales de 2020, il devient conseiller municipal d’opposition de Nice et membre du conseil communautaire de la Métropole Nice Côte d’Azur. Tout à son ouvrage, il s’est ensuite présenté à la primaire présidentielle de l’écologie de 2021, où il est arrivé en dernière position avec 2,35 % des voix. Enfin, en 2022, ce Niçois s’est lui-même parachuté aux législatives sous cette étiquette ‘’Écologie au centre’’ dans la 3ème circonscription du Finistère (Brest-Rural), à plus de 1000 kilomètres de Nice (ce qui reste légal), où il a obtenu 1 240 voix, soit 2,64 % des suffrages exprimés au 1er tour.

Voici donc Jean-Marc Governatori, l’homme aux commandes de l’environnement niçois, jusqu’alors entre les mains d’un adjoint au bilan très mitigé : Richard Chemla. Un adjoint qui était également en charge de la santé et du bien-être animal. JMG est donc le 8ème adjoint du maire de Nice et le 6ème vice-président de la métropole Nice Côte d’Azur, en charge de la transition écologique.

A présent, plusieurs questions centrales se posent, particulièrement au regard de la discrétion du candidat Ciotti sur la thématique environnementale, en-dehors de quelques sorties sur l’agriculture urbaine. Rappelons qu’au-delà de sa fonction de maire de Nice, Éric Ciotti vient également, ce 9 avril 2026, d’endosser celle de président de la métropole Nice Côte d’Azur.

Que deviendront donc, entre autres :

  • le Plan Climat Air Energie Territorial (PCAET) de la métropole NCA, dont l’équipe précédente travaillait sur la 3ème version (2026-2032), les deux premières remontant à 2012 et 2018 ? Rappelons deux points : ce plan est obligatoire pour les intercommunalités (EPCI) de plus de 20 000 habitants. Ensuite, certainement du fait d’un profond manque de sincérité et de volonté politique de C Estrosi, les deux premiers plans n’ont vu aucun de leurs objectifs atteints : plans vélo, rénovation énergétique des bâtiments, réduction des consommations d’énergie, développement du solaire, etc.
  • le Haut Conseil local pour le Climat et la Biodiversité, un outil plus communicationnel qu’opérationnel instauré par Christian Estrosi le 13 février 2023, qui n’a produit qu’un seul rapport de 26 pages sur l’adaptation climatique, et rien sur l’atténuation des émissions de gaz à effet de serre, alors que la métropole NCA a encore émis plus de 2,3 millions de tonnes de CO2e en 2023 ?
  • le Projet Alimentaire Territorial (PAT) de la métropole NCA, alors qu’y règne un niveau alarmant d’insécurité alimentaire, avec moins de 2% d’autosuffisance ? Un exemple : la coupure de l’A8 (pour une raison quelconque) génèrerait très rapidement des pénuries générales sur l’aire niçoise.
  • le nouveau maire s’engagera-t-il dans le sens d’une sanctuarisation des terres sur la basse vallée du Var alors que ce secteur stratégique et ses terres très fertiles ont connu une bétonisation frénétique depuis le lancement de l’Opération d’Intérêt National (OIN) par Estrosi en 2008 ? La promesse d’une réorganisation urbanistique de la Plaine du Var, pour faire de Nice une ‘’capitale économique de la Méditerranée’’, pourrait être un sujet d’inquiétude à cet égard.
  • Que deviendront les projets de lignes 4 et 5 du tramway du réseau Lignes d’Azur, alors que le développement des transports en commun décarbonés doit être une priorité ?
  • la politique touristique niçoise, et notamment la stratégie fondée sur le développement sans limites du tourisme aérien international (elle-même adossée à l’extension du Terminal 2 (T2.3) de l’aéroport de Nice, très largement soutenue par Christian Estrosi) ? Pour rappel, cette extension, doublée d’une stratégie promotionnelle intensive à l’internationale, induira une hausse du trafic aérien niçois de +28 500 vols par an (soit +80 par jour), de plus de 6 millions de passagers annuels, de plus de bruit, de polluants atmosphériques et de saturation du territoire. Sur ce sujet important, nous attendons avec impatience le positionnement d’Éric Ciotti, et de ses adjoints Governatori et Denis Del Rio, 22ème délégué en charge du tourisme et de l’événementiel. Pour rappel, JM Governatori avait d’ailleurs financièrement soutenu une partie des recours judiciaires contre le projet T2.3 en 2020.

En somme, l’électrocardiogramme reprendra-t-il quelques couleurs sur tous ces sujets cruciaux ? Pour le reste, le candidat Ciotti s’est engagé à conjuguer une écologie de terrain (eau, parcs, air des écoles) avec une politique de santé très technologique (IA), tout en rompant avec la politique de réduction de la place de la voiture menée par la précédente mandature. La voiture, comme chacun le sait, est un marqueur fort des politiques de droite radicale.

Reste à espérer que Jean-Marc Governatori se montre plus ouvert et à l’écoute que son prédécesseur. Il sait que, parmi d’autres, notre collectif œuvre (bénévolement et sérieusement) sur ces thématiques clés de notre territoire. A lui l’initiative.

La santé selon Éric Ciotti

Le candidat Ciotti avait annoncé « une ville qui protège », avec des maisons de santé pluridisciplinaires dans toutes la ville, jouant ainsi la proximité pour les habitants. Mais aussi faire de Nice une capitale européenne de l’IA médicale, jouant cette fois la carte de la technologie.

Mais tout cela n’a mérité que la … 13ème place des délégations municipales, juste avant les sports, les espaces verts et le handicap, et loin derrière la circulation et le stationnement. Une place confiée à Juliette Raffort-Lareyre, chargée de la santé, mais aussi de la transformation numérique et de l’intelligence artificielle. Une première observation : outre le fait que la santé des Niçois ne semble pas positionnée comme une priorité, les attributions de ce poste semblent très éclatées, puisqu’elles incluent une transformation numérique administrative et une IA que la 1ère adjointe, Françoise Souliman, a tôt fait d’intégrer dans ses préoccupations de vidéosurveillance.

Qui est Juliette Raffort-Lareyre ? Elle est médecin biologiste et praticien hospitalier au CHU de Nice depuis 2011, avec un passage à l’IRCAN/INSERM Nice (2014), au département de médecine cardiovasculaire de l’Université de Cambridge (2015), puis au PARCC – Hôpital européen Georges-Pompidou à Paris (2017), avant une affiliation au C3M de Nice depuis 2018 et au 3IA Côte d’Azur depuis 2021. Ses thèmes de recherche portent sur les maladies cardiovasculaires, l’athérosclérose, l’imagerie médicale et les applications de l’IA en médecine. Le parcours académique de cette médecin est particulièrement étoffé : outre plusieurs diplômes universitaires (DU) et Masters, elle est docteur en médecine (MD) avec une spécialisation en biologie médicale, docteur en sciences (PhD), Habilitation à Diriger des Recherches (HDR). En 2021, elle a été nommée titulaire d’une chaire au sein de l’Institut Interdisciplinaire d’Intelligence Artificielle (3IA Côte d’Azur). Elle a enfin été lauréate de l’Académie de Médecine et prix d’Excellence de l’Université Côte d’Azur pour ses travaux sur l’IA prédictive. Le choix de la déléguée à la santé n’est donc pas anodin.

Restent des questions en suspens. Qu’adviendra-t-il, avec la nouvelle ‘’stratégie locale de santé’’ :

  • du Contrat Local de Santé (CLS) 2024-2029, feuille de route sur 5 ans co-pilotée par la Ville et l’Agence Régionale de Santé (ARS), dont l’objectif est de réduire les inégalités de santé et de coordonner les acteurs locaux (hôpitaux, médecins libéraux, associations), autour d’axes tels que l’accès aux soins, la santé environnementale (qualité de l’air, bruit) et la prévention (nutrition, sport-santé) ?
  • du Conseil Local de Santé Mentale (CLSM) à Nice, espace de concertation qui réunit des élus, des psychiatres (notamment du CHS Sainte-Marie), des usagers et des aidants, qui vise à décloisonner les secteurs de la santé, du social et du logement pour mieux accompagner les personnes souffrant de troubles psychiques. Un conseil dont le dynamisme semble avoir été assez discret jusqu’à présent.
    • Pour en savoir plus sur les liens entre environnement et santé mentale, cette conférence d’une experte santé le 10 mars 2026 à Nice : ici.
  • du projet de Cité des Santés dans la Plaine du Var, voulu par Estrosi et combattu par son challenger ? Il semble que le projet de méga-pôle de regroupement hospitalier porté par Estrosi soit mort-né sous la nouvelle mandature, Ciotti l’ayant combattu durant toute sa campagne. Ce dernier lui substitue une vision plus libérale et plus économique de la Plaine du Var (santé + IA + zone franche), visant à mêler recherche, formation et soins, pour faire de l’Ouest niçois un ‘’hub médical’’, mais sans le grand chantier de relocalisation hospitalière. Pour l’heure, la question du sort de Lenval, des sites de Cimiez et de L’Archet reste en suspens, aucune décision formelle n’ayant encore été annoncée.  
  • de la santé environnementale (coordination pratique entre santé et environnement), autrement dit entre les services de Juliette Raffort-Lareyre et Jean-Marc Governatori ?

Une dernière, mais importante, interrogation : placer ainsi l’IA sur le fronton de la nouvelle politique sanitaire de la ville de Nice ne présente-t-il pas le risque de prioriser le côté vitrine technologique de la santé sur celui de la santé publique de terrain, faite d’éducation, de prévention primaire et secondaire, de soins aux plus démunis ? Le rôle d’une ville consiste-t-il à faire de la recherche (alors que de nombreux organismes régionaux et nationaux en ont déjà la charge), ou à prendre soin de sa population, de la manière la plus humble et pratique ?

Notons enfin que dans l’ancienne mandature de Christian Estrosi (2020-2026), le Dr Martine Grimaldi occupait une fonction importante à la charnière entre le monde scientifique et l’action politique locale en tant que chargée de mission « Santé Environnement » pour la Métropole Nice Côte d’Azur auprès de Richard Chemla. Cette gynécologue du CHU de Nice a œuvré sur les dossiers des perturbateurs endocriniens, de la santé périnatale et de l’approche ‘’One Health’’ (Une seule santé). Après l’élection d’Éric Ciotti, cette experte a démissionné de son poste. Dans la nouvelle mandature (donc depuis mars 2026), cette dimension de « scientifique en politique » est désormais portée, dans un registre plus technologique (IA et Santé), par le Dr Juliette Raffort-Lareyre. Disposera-t-elle d’adjoints expérimentés ?

A suivre (de près) !


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