Santé et changement climatique : un nouveau rapport
The Lancet Public Health vient de publier son rapport 2026 sur les villes européennes sur le thème « Santé et changement climatique : des villes en première ligne de l’action climatique ».
La chaleur représente un risque sanitaire majeur
Il y apparaît que la chaleur constitue un risque sanitaire majeur : la mortalité liée à la chaleur a augmenté dans 834 villes des 845 villes étudiées entre les périodes 1991-2000 et 2015-2024. L’augmentation moyenne est estimée à 82 décès supplémentaires par million d’habitants et par an, avec un impact particulièrement élevé dans le sud de l’Europe : +132 décès par million d’habitants par an. Ce phénomène est renforcé par les îlots de chaleur urbains (ICU).
Autre phénomène aggravant : les incendies, que le réchauffement climatique rend plus intenses et fréquents. Ces incendies émettent quantités de particules fines pouvant affecter les populations urbaines, même très éloignées des feux. Le rapport indique qu’entre 2003 et 2023, 68 300 décès cumulés ont été attribuables aux PM2,5 issues des incendies, dont près d’un tiers dans les villes du sud de l’Europe.
Autre point : le changement climatique favorise l’impact de certaines maladies infectieuses : dengue (+110,5% dans les villes européennes entre 1981-2010 et 2015-2024, jusqu’à +369% en Europe de l’Est), chikungunya ou encore Zika. Les allergènes progressent également, avec des saisons du pollen démarrées une à deux semaines plus tôt en Europe. Les concentrations polliniques peuvent augmenter très fortement sur certaines villes.
Plus de 82% des villes étudiées ont entrepris une évaluation des risques et vulnérabilités climatiques, et identifié les personnes particulièrement à risque : personnes âgées, enfants, ménages à faibles revenus et travailleurs extérieurs.
Les systèmes d’alerte chaleur deviennent indispensables : les alertes sanitaires « extrêmes » liées à la chaleur ont été quatre fois plus fréquentes sur la période 2015-2024, comparée à celle de 1991-2000, les villes du Sud étant plus concernées.
La végétalisation donne des résultats encourageants, quoique très inégaux : l’intensité de l’ICU de surface a diminué sur 470 villes des 533 villes étudiées sur ce point, avec une réduction moyenne de -0,7°C. Toutefois, en 2020, seulement 14% des 877 villes atteignaient 30% de couverture arborée. L’Europe de l’Ouest et l’Europe du Sud ont même enregistré des pertes de couverture arborée entre 2000 et 2020.
Un point particulier pointe la faible couverture arborée moyenne des pistes cyclables : 17,2%. Ce taux est même particulièrement faible dans les régions où le stress thermique est élevé.
Globalement, l’adaptation existe, mais reste insuffisante.
Des bénéfices sanitaires immédiats avec les réductions des émissions
Le rapport souligne le fait que les politiques de réduction des émissions peuvent produire des bénéfices sanitaires immédiats : les co-bénéfices sanitaires de la décarbonation. Moins de pollution de l’air, davantage d’activité physique grâce à la mobilité active (marche, vélo) et une alimentation plus saine. L’Europe du Nord présentent les réductions les plus élevées des émissions issues de la combustion locale d’énergies fossiles et de la mortalité attribuable aux PM2,5. A noter que l’accès à la marche, au vélo et aux transports publics est plus élevé dans les villes du Nord et de l’Ouest de l’Europe.
Le secteur résidentiel demeure cependant une source importante de pollution, étant responsable de 38% de la mortalité urbaine attribuable aux PM2,5 en 2023.
Le financement et l’intégration de la santé constituent néanmoins des faiblesses majeures. Les villes indiquent manquer de ressources pour les projets concernant les transports, les bâtiments et les énergies renouvelables. Surtout, seulement 0,5% des projets d’adaptation et d’atténuation déclarés concernaient directement les systèmes et services de santé. Près du tiers des villes interrogées font état d’obstacles financiers ou techniques importants.
Le rapport constate notamment un décalage entre l’importance sanitaire du problème et son traitement politique. Entre 2020 et 2024, l’engagement politique urbain est resté faible dans le domaine climat-santé, même si les médias y accordent davantage d’attention.
En conclusion : 3 axes majeurs
En conclusion, le rapport met en exergue trois axes d’action majeurs :
- Renforcer les systèmes d’alerte et les plans sanitaires face à la chaleur,
- Transformer l’aménagement urbain avec des espaces verts, des surfaces perméabilisées, des matériaux moins absorbants et des transports actifs et collectifs,
- Accélérer la réduction des émissions de gaz à effet de serre (énergie, mobilité, alimentation).
En résumé, la ville est à la fois l’un des principaux lieux d’exposition aux conséquences sanitaires du changement climatique et l’un des niveaux où l’action politique peut produire des bénéfices rapides. Le message du rapport est donc moins de créer de nouvelles catégories de politiques publiques que d’intégrer beaucoup plus systématiquement la santé dans les politiques climatiques, l’urbanisme, les transports et le financement municipal.