Quand le “Best Prix” coûte (très) cher à la société
Dans son édition du 11 mai 2026, le quotidien Nice-Matin a diffusé en pleine page cette publicité au profit de McDonald’s®. Nous avons une question RSE à poser à ses responsables.
À première vue, cette publicité semble banale : trois burgers, des frites, un soda, et un slogan simple : “Best Of. Best Prix.” Le message est clair : manger chez McDonald’s serait à la fois pratique, plaisant et économique. Pourtant, derrière cette image familière se cachent des enjeux majeurs de santé publique et d’environnement.
Le premier problème est nutritionnel. La publicité met en avant un menu typique du fast-food : burger, frites et soda. Ce type de repas est généralement riche en calories, en sel, en graisses saturées, en cadmium (pommes de terre), et en produits ultra-transformés (PUT). Consommé régulièrement, il favorise l’obésité, le diabète de type 2, les maladies cardiovasculaires, et jusqu’à la stéatose hépatique chez les enfants, appelée ‘’maladie du foie gras’’. En France, où les autorités sanitaires alertent depuis des années sur la progression de ces pathologies, voir des menus à bas prix promus massivement interroge. Ou scandalise. Pour aller plus loin, lire ici.
Le mécanisme publicitaire est particulièrement efficace parce qu’il associe nourriture industrielle et accessibilité. Avec un prix affiché à 7,50 €, le message implicite devient : “bien manger coûte cher, le fast-food est la solution abordable.” Cette logique touche surtout les jeunes, les étudiants et les ménages modestes, déjà plus vulnérables aux inégalités alimentaires. À force d’être omniprésente dans l’espace public, cette communication banalise une alimentation qui devrait rester occasionnelle.
L’ironie est visible en bas de l’affiche : “Pour votre santé, évitez de grignoter entre les repas.” Ce message sanitaire obligatoire apparaît presque absurde face à une publicité conçue précisément pour donner envie de consommer immédiatement un repas dense en calories. L’avertissement existe légalement, mais il est noyé dans une stratégie marketing extrêmement puissante, sur un fond vert, couleur symbole de l’environnement et de l’écologie.
L’impact environnemental, justement, est tout aussi préoccupant. Derrière chaque burger se cachent l’élevage intensif et ses souffrances, les émissions de gaz à effet de serre, la consommation massive d’eau, l’utilisation d’antibiotiques à l’origine de résistance bactérienne, et les chaînes logistiques mondialisées. Le bœuf, notamment, possède une empreinte carbone très élevée. À cela s’ajoutent les emballages jetables, le transport des marchandises et la culture intensive des matières premières nécessaires à cette industrie (et donc la déforestation, notamment au Brésil ou en Indonésie).
Le problème n’est pas qu’une personne mange un burger de temps en temps. Le problème est la normalisation permanente d’un modèle alimentaire fondé sur le “toujours plus, toujours moins cher”. Ce modèle a un coût collectif : hausse massive des dépenses de santé, pollution des écosystèmes, pression agricole (et sur les revenus des agriculteurs) et dépendance à l’alimentation ultra-transformée, source de très nombreuses pathologies.
En présentant le fast-food comme une évidence du quotidien, cette publicité vend bien plus qu’un repas : elle promeut un système de consommation dont les conséquences sont supportées par toute la société.
Comment le groupe Nice-Matin peut-il s’autoriser une telle publication, et se dédouaner de sa responsabilité ? Le modèle économique d’un quotidien doit-il impacter potentiellement la santé de dizaines de milliers de lecteurs et lectrices ? Nous posons très directement cette question d’ordre RSE à Simon Perrot, directeur général du groupe Nice-Matin, et à Baptiste Bize, directeur des rédactions.