David Lisnard balaie les risques au nom du business
Dans l’édition Nice-Matin du 27 mai 2026, le candidat à la présidentielle, président du parti Nouvelle Energie (droite radicale), et maire de Cannes, David Lisnard a dévoilé son programme économique axé sur la débureaucratisation. Dans la droite ligne de la séquence indécente où il s’exhibait récemment près d’une déchiqueteuse pour détruire les lois et règlements de protection sanitaire et environnementale, ainsi que du travail. Façon Trump ou Milei, avec sa tronçonneuse.
Dans cette dernière annonce, David Lisnard propose notamment de supprimer le principe de précaution. (image Nice-Matin du 27 mai 2026)

Supprimer le principe de précaution : une idée déraisonnable !
Ce principe figure dans la Charte de l’environnement de 2004, et a été intégré au bloc de constitutionnalité en 2005, au plus haut dans le droit français. Sa suppression aurait des effets juridiques, économiques, administratifs et politiques importants. Pourquoi ? Parce qu’il prévoit que lorsqu’un risque de dommage grave et irréversible à l’environnement est plausible mais scientifiquement incertain, les autorités publiques doivent mettre en œuvre des procédures d’évaluation et des mesures proportionnées.
Effets juridiques immédiats de la suppression
Tout d’abord, cette suppression réduirait le contrôle constitutionnel, qui est tout de même un pilier de notre République : le Conseil constitutionnel ne pourrait plus censurer une loi au motif qu’elle méconnaîtrait le principe de précaution. Aujourd’hui, ce principe sert parfois de fondement pour encadrer certaines technologies, imposer des études d’impact, suspendre ou limiter certaines activités. Sans valeur constitutionnelle, le principe de précaution pourrait rester dans le droit ordinaire, mais avec une force juridique beaucoup plus faible.
Ensuite, cette suppression affaiblirait le contentieux environnemental : les associations et collectivités auraient moins de leviers pour attaquer des projets jugés risqués : pesticides, installations industrielles, infrastructures, OGM, exploitation minière, technologies émergentes.
Le juge administratif continuerait néanmoins d’utiliser le droit européen, les obligations sanitaires, le principe de prévention et les études d’impact environnemental. Donc, bien que néfaste pour la protection environnementale et sanitaire, cette suppression ne créerait pas un “vide juridique total”.
Impact économique et industriel : retour aux années 1970 !
Les partisans libéraux et ultra-libéraux de la suppression soutiennent que le principe freine l’innovation, augmente les délais administratifs, crée une culture du risque zéro et décourage certains investissements industriels. La suppression d’un tel principe favoriserait donc potentiellement les secteurs du nucléaire, des biotechnologies et de la chimie, de l’IA et des technologies dites sensibles, des grands projets d’infrastructure, ou encore de l’extraction de ressources. Pour habiller vertueusement cette doctrine, les promoteurs de la suppression du principe de précaution parlent souvent de réindustrialisation, de souveraineté technologique ou d’accélération des procédures.
Avec David Lisnard, nous sommes au cœur de la machinerie capitaliste et néolibérale.
Risques possibles mais concrets
Les critiques craignent plusieurs effets. En premier lieu, les décisions seraient prises avec moins de garde-fous, et sans mécanisme d’alerte en cas d’incertitude scientifique. Sans ce principe de précaution, certaines technologies pourraient être déployées plus vite, avant d’avoir des données complètes sur leurs effets.
Il semble que David Lisnard n’ait pas eu connaissance des alertes scientifiques sur l’amiante, les perturbateurs endocriniens, les PFAS, les pesticides, ou encore les nanoparticules.
Ensuite, cette stratégie pourrait induire une hausse potentielle des coûts sociétaux futurs. Une logique économique classique du risque est fondée sur le fait que le coût immédiat de la prévention est toujours inférieur aux coûts des potentielles réparations futures. Supprimer le principe pourrait réduire certains coûts à court terme, mais augmenter des coûts sanitaires ou environnementaux futurs si un risque se matérialise. Et dans des proportions possiblement gigantesques en cas de grosse »affaire », sanitaire comme environnementale.
Enfin, des conflits pourraient se faire jour avec le droit européen. Même supprimé de la Constitution française, le principe resterait fortement présent dans le droit de l’Union européenne, la réglementation environnementale européenne et certaines conventions internationales. La marge de manœuvre française resterait donc partiellement limitée, une partie des contraintes continuerait d’exister via Bruxelles et les juridictions européennes.
Effet politique et symbolique
La suppression aurait une portée symbolique forte : recul de la protection constitutionnelle de l’environnement, changement de philosophie de l’action publique, priorité plus forte donnée à la croissance et à l’innovation. David Lisnard a également compris l’intérêt politique dans le mouvement de droitisation général de notre société, du moins vu par le prisme des médias mainstream, et dans les pas lourds de Trump ou du libertarien argentin Milei. Mais cela pourrait aussi polariser davantage les débats écologiques, provoquer des recours européens, susciter des tensions avec les collectivités locales et les ONG.
Ce qui ne changerait probablement pas
Même sans principe de précaution constitutionnel, les normes environnementales européennes resteraient applicables, les autorisations administratives resteraient nécessaires, les études d’impact subsisteraient largement, la responsabilité civile et pénale continuerait d’exister. Autrement dit, la suppression ne signifierait pas la “fin de l’écologie réglementaire”, mais plutôt un déplacement de l’équilibre entre innovation, croissance et gestion du risque.
Ce déplacement aurait très probablement plus d’effets politiques et médiatiques que réels au sein de la société française. Ce que certains appellent du populisme politicien. David Lisnard serait-il un populiste de plus ?
Et d’ailleurs, pourquoi y aurait-il trop de normes ? La réponse ici !