Ciotti : la sécurité comme obsession, la gauche comme repoussoir, le RN comme horizon
Sécurité omniprésente, dénonciation caricaturale de la gauche, RN idolâtré : que révèle la communication politique d’Éric Ciotti ? L’analyse de centaines de mots-clés met en lumière sa stratégie idéologique fondée sur la peur du désordre, la confrontation et le discours sécuritaire et autoritaire, au détriment des préoccupations sociales et environnementales, ou encore des libertés fondamentales.
Le peigne fin dans les grosses ficelles
Nous avons passé au peigne fin les grosses ficelles d’Éric Ciotti en analysant ses tweets sur le réseau X entre le 5 octobre et le 5 novembre 2026. Cette analyse sur un mois de communication éclaire de manière très crue et claire les leitmotive obsessionnels de ce chantre de l’extrême droite française, et ses intentions profondes.

Extrait d’un post X d’Éric Ciotti
En premier lieu, sa proximité et sa dépendance aux médias des milliardaires : sur 315 tweets (soit plus de 10 par jour en moyenne), 33 se sont appuyés sur des publications CNEWS et 1 sur le JDD, appartenant à Vincent Bolloré, 24 sur celles de BFMTV et 1 sur RMC, appartenant à Rodolphe Saadé, 2 sur Paris-Match, média de Bernard Arnaud. Seuls, 4 tweets l’ont été sur France TV (public) et 4 sur ICI (public). Autrement dit : 61 publications des médias de milliardaires contre 8 du service public. Une preuve supplémentaire de l’intérêt de ces médias rachetés par les milliardaires, pour assurer le relais et la diffusion de la pensée d’extrême droite et ultraconservatrice en France.
Les mots en disent très long
Concernant les mots récurrents, marquant les priorités communicationnelles d’Éric Ciotti, le mot ‘’RN’’ (rassemblement national) revient 34 fois, l’expression ‘’forces de l’ordre’’ (soutien, effectifs, etc.) revient 29 fois, les expressions ‘’extrême gauche’’ et ‘’ultragauche’’ 28 fois, les mots ‘’police’’ ou ‘’policier’’ 28 fois, le mot ‘’violence(s)’’ 20 fois, le mot ‘’casseurs’’ 18 fois, le nom ‘’Marine Le Pen’’ 17 fois, le mot ‘’LFI’’ 16 fois, le mot ‘’terrorisme’’ 10 fois… S’ajoutent ici et là les mots ‘’pilleurs’’, ‘’ordre’’, ‘’sédition’’, ‘’insurrection’’, ‘’prison’’, ‘’intifada à la française’’, ‘’barbares’’, et les noms ‘’Mélenchon’’ (qu’il abhorre) et Bardella (ce jeune antisémite qu’il encense)… Saupoudrez de quelques tweets sur les Aiglons de l’OGC, sur la Marseillaise et sur le nissart et les traditions, et vous aurez obtenu un parfait combo du politicien d’extrême droite. Combo ou caricature ?
Ciotti le sauveur face aux barbares
Aucune surprise et nul doute que tout ce cinéma n’a qu’une motivation politique : agiter les peurs, et se présenter comme le bouclier et le sauveur, avec ses mentors du RN. Mais c’est en fait Éric Ciotti qui a peur. Peur de l’évolution de la société, peur de la jeunesse, peur de l’avenir, comme il a eu probablement peur du service militaire en 1991, dont il a réussi à s’affranchir grâce à ses amis politiques de l’époque. Ciotti n’a très principalement qu’une lecture sécuritaire des problèmes publics. Son idéologie et les forces de l’ordre sont régulièrement présentées comme un rempart contre ses ennemis politiques, que sont LFI, Mélenchon, mais aussi le macronisme : l’autorité contre toute forme de contestation. Il se permet d’associer systématiquement les violences urbaines et les manifestations et le parti de Jean-Luc Mélenchon, alors que toutes les études sérieuses montrent que les principales violences, notamment criminelles, sont le fait de factions et de groupuscules d’extrême et d’ultradroite, et que Mélenchon n’a jamais appelé aux violences. Le phénomène est connu : plus l’adversaire paraît solide, et plus les accusations à son encontre sont violentes. Ciotti utilise donc cette très vieille ficelle : quand on veut tuer son chien, on l’accuse de la rage.
Posture martiale et menton en avant
Éric Ciotti se voit manifestement comme le principal défenseur, thuriféraire et laudateur du Rassemblement National : il a donc posté 32 fois lors de son meeting d’Orléans le 25 octobre 2026, se mettant en scène sous toutes les coutures, et dans des postures martiales. Mussoliennes, diraient ses adversaires. S’il n’espère pas décrocher Matignon ou un poste ministériel de premier plan avec ces preuves d’amour et de soumission, c’est à y perdre son latin ou son nissart.
Ciotti agit comme tous les populistes de droite extrême (Trump, Bolsonaro, Netanyahu, Le Pen, Orban…) : il a besoin d’établir un cadre antagoniste et conflictuel, reposant sur la peur et le tout sécuritaire. Ainsi, il regroupe sur son petit échiquier idéologique ‘’gauche radicale, violence, émeutiers, casseurs et désordre’’ d’un côté, et de l’autre, ‘’police, forces de l’ordre, sécurité, protection et autorité’’ (la sienne ?)… Simple. Simpliste. Irresponsable.
Image postée par Éric Ciotti sur son compte X.
De grands absents : santé publique, environnement, social, sécurité alimentaire et énergétique
Le reste ne l’intéresse pas : une petite poignée de tweets sur la culture et la tradition, sur le football, et aucun tweet (en un mois) sur l’environnement. Il ose néanmoins évoquer une fois la prétendue priorité donnée au logement social, alors qu’il a attaqué le parc social et augmenté les quotas de logements locatifs de type Airbnb dans la ville de Nice, au détriment des habitants. Rien sur l’environnement et le climat, alors que notre territoire est particulièrement vulnérable à leurs dérèglements. Une illustration concrète : lors d’une réunion du Club Éco de Nice-Matin ce mardi 3 novembre 2026, élus et chefs d’entreprise ont planché sur l’avenir du Grand Arénas. Et qu’a affirmé Pierre Ippolito, adjoint d’Éric Ciotti ? Il a osé affirmer « notre moteur n’est plus l’agroalimentaire des années 50-60, c’est le tourisme et le tertiaire », alors que notre territoire est en insécurité alimentaire majeure, avec seulement 1 à 2% d’autosuffisance alimentaire. Mais comment un « responsable » politique peut-il affirmer pareille ineptie ? Ciotti est ébloui par les gilets pare-balle et les cordons de CRS, ainsi que par les bétonnières, alors que la véritable insécurité des Niçois-es se loge dans les failles hallucinantes d’autosuffisance alimentaire et énergétique, dans celles de l’insécurité sanitaire (pollution, accès aux soins) et sociale (pauvreté de 23,4% à Nice, contre 15% en France).
Un maire idéologue, diviseur et incendiaire
Or de quoi a besoin notre société ? D’apaisement et de concorde. Pas de maires et de politiques agitant la discorde et le clivage, comme des chiffons rouges, à des fins électoralistes : exhiber le loup pour effrayer les moutons et les regrouper sous sa glorieuse bannière.
Voilà ce qu’est l’extrême droite, celle du RN de Marine Le Pen, de l’UDR d’Éric Ciotti, ou encore de Reconquête du zébulon raciste (et multicondamné) Éric Zemmour. Elle prétend défendre nos concitoyen-nes, alors que seule l’intéresse son accession au pouvoir suprême. Ces gens sont dangereux, et ne font que suivre avec retard les errements du trumpisme. Depuis le 3 novembre, chacun connaît sa débâcle monumentale. Il aura fallu des années de déroute et d’abus pour que les Etatsunien-nes le comprennent. Ne commettons pas cette erreur magistrale. Ciotti et ses compères n’ont qu’une idée obsessionnelle en tête : instaurer un régime illibéral et autoritaire, sacrifier ce qui reste de nos services publics, se montrer indulgents avec les autocrates du monde, démanteler les protections environnementales et sanitaires, sans oublier les libertés individuelles et collectives, ainsi que le droit du travail, au seul bénéfice des affairistes et du business. Prenez le temps d’analyser les votes des députés RN et UDR, comme nous l’avons fait, et vous comprendrez mieux ce que nous disons ici.
Respirons et réfléchissons !
Le drame de ce possible échouage en avril-mai prochain, est que le macronisme aura fini par torpiller la confiance des Français-es envers leurs politiques. Le macronisme, comme d’ailleurs tous les politiciens qui ont gravité dans cette politique rentière depuis des décennies. A Nice, Estrosi et ses affidés en ont fait partie et en ont largement profité. Mais le désespoir ne doit pas nous entraîner dans la pire des solutions : celle de politiques illibéraux et brutaux. Celle des loups et des hyènes de l’extrême droite. Celle dont Eric Ciotti, maire de Nice, est le promoteur en »chef » (un qualificatif qui le fait vibrer). Un maire qui soutient une femme condamnée par la Justice française pour des faits graves, et actuellement inéligible. Comment imaginer Marine Le Pen présider notre pays et garantir le bon fonctionnement de nos institutions, dont la Justice ? Nous posons la question.
Pensons à nos jeunes et à nos enfants. Ne les livrons pas à ces individus assoiffés de pouvoir.
Pour celles et ceux qui souhaitent poursuivre cette réflexion sur l’extrême droite française, cette analyse de l’historien Laurent Joly (parue dans Le Monde du 4 novembre). Ici.