Quel environnement et quelle santé avec Eric Ciotti ?
Éric Ciotti, président du parti d’extrême droite ‘’Union des Droites pour la République’’ (UDR), a été officiellement élu maire de Nice le 27 mars 2026, lors du premier conseil municipal, entouré de 26 adjoints (incluant 6 adjoints de territoire).
Nous allons nous intéresser à deux d’entre eux, en charge de l’environnement et de la santé, deux domaines particulièrement importants si l’on considère qu’ils sont les piliers de la sécurité générale des Niçois (One Health), et au-delà de la seule sécurité ‘’sécuritaire’’ (ou policière), si chère au nouveau maire et placée entre les mains d’une femme à poigne – l’ex-préfète Françoise Souliman, devenue 1ère adjointe d’Éric Ciotti.
L’environnement selon Éric Ciotti
Le vaste sujet de l’environnement a donc hérité du 8ème dossard, attribué à Jean-Marc Governatori, également devenu adjoint de territoire Rives du Paillon.
Qui est Jean-Marc Governatori ? Ce nouvel élu est né à Nice le 28 décembre 1958, et a fait ses études à Nice, où il a été diplômé de l’École supérieure de commerce de Nice / Sophia Antipolis. Il commence sa carrière dans le commerce de l’ameublement, ouvre en 1981 un premier magasin Fly à Nice, développe ensuite plusieurs points de vente dans le Sud-Est, avant de diriger un groupe de 34 points de vente employant près de 400 personnes. Son site indique aussi qu’il a été distingué deux fois “meilleur gestionnaire de France” et qu’il a reçu un Trophée de l’emploi remis par Jean-Pierre Raffarin. Il dit avoir vendu ses affaires en 2000 pour se consacrer à la politique. Sur le plan associatif et intellectuel, sa biographie mentionne un engagement ancien dans le milieu associatif, la cofondation en 1991 de la Ligue nationale contre la drogue, ainsi qu’une activité d’auteur de 14 livres sur l’écologie et le bien-être, publiés à compte d’auteur.
Politiquement, après avoir été membre de l’UDF, il a créé en 2004 le parti ‘’La France d’en bas’’ (selon l’expression de Balzac) avec Francine Gomez, ancienne dirigeante de Waterman. L’Institut Montaigne le présente ensuite comme co-secrétaire national de l’Alliance écologiste indépendante depuis 2009, après plusieurs candidatures électorales locales et nationales. Ce mouvement est depuis devenu ‘’Ecologie au centre’’, puisque – selon Jean-Marc Governatori, qui préside (ou co-préside, rien n’est clair) ce microparti : « L’écologie n’est ni de droite, ni de gauche mais au centre »…
Apparemment très assuré de sa stature d’homme d’Etat, l’homme à la veste verte a tenté de se présenter aux élections présidentielles de 2007 et 2012, mais sans succès, n’ayant obtenu que 12 parrainages en 2007 et 433 en 2012, alors que le seuil est de 500, ce qui l’incita à entreprendre une grève de la faim fin février 2012 pour dénoncer l’obstacle des parrainages. A l’issue des municipales de 2020, il devient conseiller municipal d’opposition de Nice et membre du conseil communautaire de la Métropole Nice Côte d’Azur. Tout à son ouvrage, il s’est ensuite présenté à la primaire présidentielle de l’écologie de 2021, où il est arrivé en dernière position avec 2,35 % des voix. Enfin, en 2022, ce Niçois s’est lui-même parachuté aux législatives sous cette étiquette ‘’Écologie au centre’’ dans la 3ème circonscription du … Finistère (Brest-Rural), à plus de 1000 kilomètres de Nice, où il a obtenu 1 240 voix, soit 2,64 % des suffrages exprimés au 1er tour. S’est-il pour autant posé la question de la pertinence d’une écologie au centre, à l’égard notamment des liens fondamentaux entre écologie et social ? Pas si sûr…
Voici donc Jean-Marc Governatori, l’homme aux commandes de l’environnement niçois, jusqu’alors entre les mains d’un adjoint aussi terne que flagorneur : Richard Chemla, qui ne manquera pas à grand monde, et encore moins à l’environnement. Un adjoint qui était également en charge de la santé et du bien-être animal. N’en disons pas davantage sur le piètre bilan de celui que Nice-Matin avait présenté comme le ‘’géant vert’’ d’Estrosi. Un géant qui a accouché d’un petit pois (quelques bouquets d’arbres d’agrément, pour être précis), et d’un nombre incalculable de discours lénifiants.
A présent, plusieurs questions centrales se posent, particulièrement au regard de la discrétion du candidat Ciotti sur la thématique environnementale, en-dehors de quelques sorties sur l’agriculture urbaine. Rappelons qu’au-delà de sa fonction de maire de Nice, Éric Ciotti a également endossé celle de président de la métropole Nice Côte d’Azur.
Que deviendront donc, entre autres :
- le Plan Climat Air Energie Territorial (PCAET) de la métropole NCA, dont l’équipe précédente travaillait sur la 3ème version (2026-2032), les deux premières remontant à 2012 et 2018 ? Rappelons deux points : ce plan est obligatoire pour les intercommunalités (EPCI) de plus de 20 000 habitants. Ensuite, certainement du fait d’un profond manque de sincérité et de volonté politique de C Estrosi, les deux premiers plans n’ont vu aucun de leurs objectifs atteints : plans vélo, rénovation énergétique des bâtiments, réduction des consommations d’énergie, développement du solaire, etc.
- le Haut Conseil local pour le Climat et la Biodiversité, un outil plus communicationnel qu’opérationnel instauré par Christian Estrosi le 13 février 2023, qui n’a produit qu’un seul rapport de 26 pages sur l’adaptation climatique, et rien sur l’atténuation des émissions de gaz à effet de serre, alors que la métropole NCA a encore émis plus de 2,3 millions de tonnes de CO2e en 2023 ?
- le Projet Alimentaire Territorial (PAT) de la métropole NCA, alors qu’y règne un niveau alarmant d’insécurité alimentaire, avec moins de 2% d’autosuffisance ,
- le nouveau maire s’engagera-t-il dans le sens d’une sanctuarisation des terres sur la basse vallée du Var alors que ce secteur stratégique et ses terres très fertiles ont connu une bétonisation frénétique depuis le lancement de l’Opération d’Intérêt National (OIN) par Estrosi en 2008 ? Rien n’est moins sûr, avec la promesse d’une réorganisation urbanistique de la Plaine du Var, pour faire de Nice une ‘’capitale économique de la Méditerranée’’.
- la politique touristique niçoise, et notamment la stratégie fondée sur le développement du tourisme aérien international (elle-même adossée à l’extension du Terminal 2 (T2.3) de l’aéroport de Nice, très largement soutenue par Christian Estrosi) ? Pour rappel, cette extension, doublée d’une stratégie promotionnelle intensive à l’internationale, induira une hausse du trafic aérien niçois de +28 500 vols par an (soit +80 par jour), de plus de 6 millions de passagers annuels, de plus de bruit, de polluants atmosphériques et de saturation du territoire. Sur ce sujet important, nous attendons avec impatience le positionnement d’Éric Ciotti, et de ses adjoints Governatori et Denis Del Rio, 22ème délégué en charge du tourisme et de l’événementiel. Pour rappel, JM Governatori avait d’ailleurs financièrement soutenu une partie des recours judiciaires contre le projet T2.3 en 2020.
En somme, l’électrocardiogramme reprendra-t-il quelques couleurs sur tous ces sujets cruciaux ? Pour le reste, le candidat Ciotti s’est engagé à conjuguer une écologie de terrain (eau, parcs, air des écoles) avec une politique de santé très technologique (IA), tout en rompant avec la politique de réduction de la place de la voiture menée par la précédente mandature. La voiture, comme chacun le sait, est un marqueur fort des politiques de droite radicale. Nous y sommes.
La santé selon Éric Ciotti
Le candidat Ciotti avait annoncé « une ville qui protège », avec des maisons de santé pluridisciplinaires dans toutes la ville, jouant ainsi la proximité pour les habitants. Mais aussi faire de Nice une capitale européenne de l’IA médicale, jouant cette fois la carte de la technologie.
Mais tout cela n’a mérité que la … 13ème place des délégations municipales, juste avant les sports, les espaces verts et le handicap, et loin derrière la circulation et le stationnement. Une place confiée à Juliette Raffort-Lareyre, chargée de la santé, mais aussi de la transformation numérique et de l’intelligence artificielle. Une première observation : outre le fait que la santé des Niçois ne semble pas positionnée comme une priorité, ce poste mêle choux et carottes, avec une transformation numérique administrative et une IA que la 1ère adjointe, Françoise Souliman, a tôt fait d’intégrer dans ses préoccupations de vidéosurveillance…
Qui est Juliette Raffort-Lareyre ? Elle est médecin biologiste et praticien hospitalier au CHU de Nice depuis 2011, avec un passage à l’IRCAN/INSERM Nice (2014), au département de médecine cardiovasculaire de l’Université de Cambridge (2015), puis au PARCC – Hôpital européen Georges-Pompidou à Paris (2017), avant une affiliation au C3M de Nice depuis 2018 et au 3IA Côte d’Azur depuis 2021. Ses thèmes de recherche portent sur les maladies cardiovasculaires, l’athérosclérose, l’imagerie médicale et les applications de l’IA en médecine. Le parcours académique de cette médecin est particulièrement étoffé : outre plusieurs diplômes universitaires (DU) et Masters, elle est docteur en médecine (MD) avec une spécialisation en biologie médicale, docteur en sciences (PhD), Habilitation à Diriger des Recherches (HDR). En 2021, elle a été nommée titulaire d’une chaire au sein de l’Institut Interdisciplinaire d’Intelligence Artificielle (3IA Côte d’Azur). Elle a enfin été lauréate de l’Académie de Médecine et prix d’Excellence de l’Université Côte d’Azur pour ses travaux sur l’IA prédictive. Le choix de la déléguée à la santé n’est donc pas anodin.
Restent des questions en suspens. Qu’adviendra-t-il, avec la nouvelle ‘’stratégie locale de santé’’ :
- du Contrat Local de Santé (CLS) 2024-2029, feuille de route sur 5 ans co-pilotée par la Ville et l’Agence Régionale de Santé (ARS), dont l’objectif est de réduire les inégalités de santé et de coordonner les acteurs locaux (hôpitaux, médecins libéraux, associations), autour d’axes tels que l’accès aux soins, la santé environnementale (qualité de l’air, bruit) et la prévention (nutrition, sport-santé) ?
- du Conseil Local de Santé Mentale (CLSM) à Nice, espace de concertation qui réunit des élus, des psychiatres (notamment du CHS Sainte-Marie), des usagers et des aidants, qui vise à décloisonner les secteurs de la santé, du social et du logement pour mieux accompagner les personnes souffrant de troubles psychiques. Un conseil qui n’a jamais été très dynamique ces dernières années.
- du projet de Cité des Santés dans la Plaine du Var, voulu par Estrosi et combattu par son challenger ? Il semble que le projet de méga-pôle de regroupement hospitalier porté par Estrosi soit mort-né sous la nouvelle mandature, Ciotti l’ayant combattu durant toute sa campagne. Ce dernier lui substitue une vision plus libérale et plus économique de la Plaine du Var (santé + IA + zone franche), visant à mêler recherche, formation et soins, pour faire de l’Ouest niçois un ‘’hub médical’’, mais sans le grand chantier de relocalisation hospitalière. Pour l’heure, la question du sort de Lenval, des sites de Cimiez et de L’Archet reste en suspens, aucune décision formelle n’ayant encore été annoncée.
- de la santé environnementale (coordination pratique entre santé et environnement), autrement dit entre les services de Juliette Raffort-Lareyre et Jean-Marc Governatori ?
Notons au passage que dans l’ancienne mandature de Christian Estrosi (2020-2026), le Dr Martine Grimaldi occupait une fonction stratégique à la charnière entre le monde scientifique et l’action politique locale en tant que chargée de mission « Santé Environnement » pour la Métropole Nice Côte d’Azur auprès de Richard Chemla. Cette gynécologue expérimentée du CHU de Nice a œuvré sur les dossiers importants des perturbateurs endocriniens, de la santé périnatale et de l’approche ‘’One Health’’ (Une seule santé). Après l’élection d’Éric Ciotti, cette experte a démissionné de son poste. Dans la nouvelle mandature (donc depuis mars 2026), cette dimension de « scientifique en politique » est désormais portée, dans un registre plus technologique (IA et Santé), par le Dr Juliette Raffort-Lareyre, à défaut d’adjoints restant à trouver.
A suivre (de près) !