Sept limites planétaires franchies, et ils nous parlent encore de “solutions libérales”
Alors que 7 limites planétaires sur 9 sont désormais dépassées, continuer à présenter le libéralisme comme horizon politique raisonnable n’est plus seulement une erreur d’analyse : c’est une faute historique. La dernière mise à jour du cadre des limites planétaires indique que nous sommes sortis de l’“espace sûr” pour plusieurs systèmes vitaux de la Terre, avec des tendances qui continuent de se dégrader.
Et pourtant, que nous propose encore David Lisnard et, avec lui, une large part de la droite française ?
Toujours la même vieille rengaine : moins d’impôts, moins d’État, moins de régulation, “rationaliser les dépenses sociales”, faire confiance au marché, à la concurrence et à la dérégulation pour régler des crises qui sont désormais écologiques, sociales et matérielles. Sur le site de son mouvement ‘’Nouvelle Energie’’, cette orientation est explicitement assumée comme une ligne de “solutions libérales”, avec l’appel à “réduire le périmètre de l’État” et à “rationaliser les dépenses sociales”. La bureaucratie a bon dos : celui d’un populisme décomplexé de droite.
Pourquoi nous intéressons-nous à David Lisnard ?
Parce que cette tête d’affiche azuréenne affiche ouvertement sa volonté de candidater à la présidence de la République française en 2027, et que nous estimons que sa vision est politiquement datée. Elle raisonne comme si nous vivions encore dans un monde d’abondance, où l’enjeu principal serait de libérer la production, fluidifier l’économie et alléger les “contraintes”, comme le vante le trublion argentin, Javier Milei, largement admiré par David Lisnard. Mais nous ne sommes plus dans ce monde-là. Nous vivons dans un monde où, sans même parler du creusement alarmant des inégalités et des injustices, les équilibres biophysiques se dégradent, où le climat se dérègle, où la biodiversité s’effondre, où les pressions sur l’eau, les sols, les cycles du vivant et les océans franchissent des seuils critiques.
Dans un tel contexte, il est légitime de penser que répondre par le catéchisme libéral, et son appendice néolibertarien, relève de l’aveuglement. Car le problème n’est pas seulement l’inefficacité de l’action publique (des progrès sont évidemment toujours envisageables). Le problème est que notre modèle économique a dépassé des limites physiques. Et face à cela, le marché ne suffira pas. L’innovation ne suffira pas. La baisse des impôts ne suffira pas. La dérégulation ne suffira pas. Et la croissance économique est un leurre dangereux. Pour rappel, un taux de croissance de seulement 3% par an durant 23 ans double le volume d’activité économique, et donc, aux faibles découplages près, un quasi doublement des besoins de ressources et de production de déchets. Notons que cette question des ressources, notamment énergétiques, devient assez centrale à l’heure où se profile une crise des énergies fossiles, avec la crise américano-israélo-iranienne.
La croâââssance comme panacée ?
Le 28 janvier 2023, lors de ses vœux aux Cannois, David Lisnard affirmait que « le défi climatique ne se relèvera pas par la décroissance. Il se relèvera par beaucoup de croissance, beaucoup d’investissements, beaucoup de recherche scientifique », poursuivant, en mars de la même année par ce mantra : « On règlera les défis de l’époque (écologique, climatique, économique, les inégalités) par la science, l’innovation, l’investissement, et donc par la croissance. » La croissance comme clé de tous nos problèmes. Voilà qui est un peu court… Si l’innovation et la recherche sont naturellement indispensables, elles ne doivent pas devenir le socle d’un technosolutionnisme qui ne règlera pas les questions colossales de transition géo-écologique à lui seul.

Ce qu’il faut, c’est l’inverse de ce que propose la droite libérale : des règles plus fortes, des protections collectives plus solides, des investissements publics massifs, des arbitrages démocratiques sur les usages, de la sobriété tant collective qu’individuelle, une réduction effective des pressions exercées sur le vivant, une réorganisation de l’économie compatible avec les limites de la planète, et bien sûr, davantage de justice sociale et fiscale.
Le vrai clivage de 2026 ne porte plus sur la position du curseur entre étatisme et libéralisme. Il est entre ceux qui regardent en face la réalité biophysique du monde, et ceux qui continuent de réciter des formules du siècle dernier, et des prétendues Trente Glorieuses, pendant que les conditions mêmes de l’habitabilité se dérobent sous nos pieds.
Quand 7 limites planétaires sur 9 sont franchies, défendre le “moins d’État” et le “moins de normes” n’a rien de courageux. C’est refuser de nommer la gravité de la situation. C’est entretenir l’illusion que nous pourrions continuer presque comme avant. C’est protéger un ordre économique devenu écologiquement insoutenable et socialement injuste.
Nous refusons cette fuite en avant
Nous refusons qu’au nom de la “liberté économique”, on affaiblisse encore les outils collectifs dont nous avons besoin pour protéger l’eau, l’air, les sols, le climat, le vivant, et les conditions concrètes d’une vie digne pour toutes et tous. Ce n’est pas être marxiste ou extrême gauchiste que de poser ce constat dont l’évidence ne semble pas frapper nos politiques libéraux et conservateurs. Nous refusons qu’on présente comme moderne une idéologie incapable de penser les limites. La réalité est là. Elle est dure. Mais c’est la réalité : dura realitas, sed realitas.
Et la première exigence politique, aujourd’hui, est de partir du réel. Pas des dogmes libéraux. Les extrémistes ne sont pas ceux que la Bollosphère désigne. Ils sont à chercher plutôt chez les dogmatiques d’un système politico-économique daté, qui a largement fait les preuves de son incompatibilité avec le respect des écosystèmes, de l’environnement et de la justice sociale.